Le Télégramme du 5 mai 2016 a publié une interview d’Olivier Sigaut, le réalisateur de Submersions, le film qui sera projet lé en ouverture du Festival Si la mer monte… En voici le contenu.

Dans quel contexte a été tourné ce film ?
Ce film a été tourné à l’occasion des grandes tempêtes qui ont eu lieu sur le littoral atlantique en 2014. Je l’ai tourné en collaboration avec les étudiants de BTS-GPN du lycée Henri-Queuille de Neuvic (Corrèze). Je voulais sortir les étudiants du train-train de leur travail quotidien en allant sur le terrain. J’ai toujours mêlé enseignement, engagement et création.

Quel a été l’angle retenu ?
Nous avons privilégié l’approche scientifique. Nous sommes allés à la rencontre des acteurs locaux concernés par les problématiques de submersion marine et d’érosion dans une zone qui allait de Rochefort à l’île de Ré en passant par La Rochelle. Nous avons donné la parole à des élus des gestionnaires de la nature, des professionnels de la mer, des associations environnementales ou encore des universitaires. Nous ne faisons pas de commentaires dans le film. C’est un parti pris. C’est un contre-pied aux documentaires-spectacles comme ceux de Nicolas Hulotou Yann-Arthus Bertrand qui ont finalement peu d’impact sur les politiques publiques.

Que révèlent ses entretiens ?
Ils démontrent la difficile gestion du littoral notamment en raison de la complexité des réglementations. On remarque aussi que les discours des élus sont souvent des effets d’annonce. Ils privilégient une économie illusoire tournée vers le tourisme.

Avez-vous, vous-même, constaté une évolution sur votre littoral ?
Cela fait 30 ans que je surfe. Je suis aussi un pêcheur à pied occasionnel. Je constate un important changement. Il est aujourd’hui difficile de surfer à Lacanau. Les littoraux sont à vif, conséquence notamment de l’érosion. Les plages sont en très mauvais état. Les élus collent des pansements pour la saison estivale. Mais le mal est profond. Le littoral est devenu un lieu de spéculation qui dessert les populations locales.

Le film propose-t-il des solutions ?
Un certain nombre de propositions techniques sont abordées comme les digues construites au large pour casser la houle. Actuellement, un véritable mur de l’atlantique est en train d’être érigé. Ce sont des technologies complexes et très coûteuses. Des sommes colossales sont dépensées pour rassurer les gens mais c’est dérisoire. Les politiques publiques ont trop fonctionné sur de la probabilité. Il faut certainement tout réinventer notamment dans le domaine de l’architecture.

Envisagez-vous de tourner une suite ?
Oui. Le prochain film s’intitulera « Résiste ». Il s’agira d’un état des lieux des formes de résistance au phénomène d’érosion en Europe. Une partie du tournage se déroulera à Étel (56). Le ton sera résolument décalé. C’est important de ne pas culpabiliser les spectateurs. Le sujet n’est pas simple à aborder. Il ne faut pas les bloquer.
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